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Communiqué

Pratiques « indignes » au CHU de Saint-Etienne : l’Unafam souligne les problèmes structurels qui affectent la psychiatrie

le 5 mars 2018 -

La Contrôleure générale des lieux de privation de liberté, Mme Adeline Hazan, dénonce avec raison le recours illégal et abusif à l’isolement et à la contention au CHU de Saint-Etienne, en psychiatrie ou aux urgences, comme elle l’avait fait il y a deux ans pour un autre établissement, à la suite d’un signalement effectué par l’Unafam.

Il ne s’agit malheureusement pas d’un cas isolé. L’orientation donnée par l’article 72 de la loi du 26 janvier 2016, visant à une réduction des pratiques d’isolement et de contention, tarde à être mise en œuvre dans les établissements, en dépit des recommandations de bonne pratique de la Haute Autorité de Santé (HAS) et des instructions ministérielles.
Il est inadmissible que la loi ne soit pas respectée. Des patients admis en soins sans consentement sont, parfois dès leur arrivée, placés en isolement, voire sous contention, sans justification clinique réelle, ajoutant de la souffrance psychique à celle qui les a conduits à l’hôpital. Et il y aurait beaucoup à dire sur les conditions matérielles de l’isolement, souvent indignes, dans des chambres d’isolement délabrées, où les patients doivent faire leurs besoins dans un seau hygiénique.

L’Unafam le disait déjà en 2015 dans un communiqué sur l’isolement et la contention, « les établissements et les équipes doivent veiller au respect de la dignité des personnes et à celui de leurs droits fondamentaux. »

L’image de la psychiatrie que de telles pratiques renvoient est désastreuse : elle joue un rôle dissuasif qui ne peut que retarder l’entrée dans un parcours de soins de personnes en souffrance psychique.

Dans plusieurs pays européens et en France même, des psychiatres et des soignants travaillent à mettre au point des alternatives à l’isolement et à la contention. L’Unafam s’inscrit dans ce mouvement, en demandant que les instances institutionnelles promeuvent une prévention très en amont de l’utilisation de l’isolement et de la contention par la formation des équipes à la prise en charge de l’agitation, par l’octroi de moyens, notamment humains, adaptés, et par la sensibilisation aux principes de respect du droit et de la dignité des patients, dans tous les services, y compris aux urgences générales. Celles-ci ne sont pas actuellement dans le périmètre des visites de la Commission Départementale des Soins Psychiatriques (CDSP CDSP Commission Départementale des Soins Psychiatriques ), c’est une lacune.

Mais l’attention portée à l’isolement et à la contention ne doit pas masquer les problèmes structurels qui affectent la psychiatrie. Si vingt patients relevant de la psychiatrie étaient aux urgences du CHU de Saint-Étienne en attente d’admission, c’est dû à un manque de places dans les services de psychiatrie, dont les raisons, dans la Loire comme ailleurs, sont bien connues : insuffisance de la prévention et du suivi en ambulatoire, qui permettrait d’éviter des hospitalisations en situation de crise, et maintien en hospitalisation de patients au long cours, faute de places dans des structures médico-sociales.

Ce n’est sans doute pas un hasard si l’incapacité à admettre rapidement des patients en demande de soins psychiatriques s’observe dans le CHU d’un département occupant la 73e place en France métropolitaine pour le nombre de lits en psychiatrie par habitants et la 64e pour le nombre de psychiatres hospitaliers !

L’Unafam assure de son soutien les personnes soumises à ces traitements dégradants, et leurs familles. Elle se tient à leur disposition pour les aider. Elle continuera son combat pour le respect de la dignité des personnes atteintes d’une maladie psychique.