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Un accès aux soins et aux accompagnements équitables pour tous, sur tout le territoire

La stratégie de transformation du système de santé (STSS) "Ma santé 2022" diffusée le 18 septembre arrive dans un contexte où la pédopsychiatrie comme la psychiatrie générale expriment avec force leur désarroi "de ne plus pouvoir être des soignants" au vu des conditions de travail qui sont les leurs.

"Ma santé 2022" rappelle, dans un focus d’une demi-page, que le champ de la psychiatrie et de la santé mentale est élevé "au rang de priorité". Nous nous réjouissons d’y trouver des points que nous portons depuis de nombreuses années, à savoir la nécessité de renforcer les collaborations entre la psychiatrie et les professionnels des soins primaires, de prendre un virage pour organiser dans les territoires un accès à la réhabilitation psychosociale, aux nouvelles thérapeutiques, et aux soins spécialisés. Mais les enjeux de la psychiatrie, qui appellent des actions rapides, tant en matière d’organisation des soins que de parcours au quotidien des patients, sont peu développés. La création d’un "fonds d’innovation organisationnelle" en psychiatrie a été annoncée. Il sera doté de "quelques millions d’euros", a indiqué la directrice générale de l’offre de soins (DGOS), Cécile Courrèges. Nous attendons la mise en place de ces mesures… Nous reprenons la phrase de Pierre-Michel Llorca lors de la sortie du livre Psychiatrie : L’état d’urgence, coécrit avec Marion Leboyer : "le naufrage de la psychiatrie ne s’explique pas uniquement par le manque réel de moyens. Et, surtout, il n’est pas inéluctable. Nous avons besoin d’un plan psychiatrie sur le modèle des plans cancer".

En effet, au travers des expériences que vous nous remontez, les faits sont là : soins de qualité très variable d’un territoire à l’autre, difficultés d’accès, non-application des recommandations de bonne pratique dans certains établissements… Une "Agence nationale de la psychiatrie" pourrait organiser une gradation des soins, comme en cancérologie, avec une prise en charge de proximité, des soins de recours à l’hôpital et une offre très spécialisée pour les cas les plus lourds. Développer, coordonner la recherche, imposer des réunions de concertation pluridisciplinaire, amorceraient le virage vers une certaine uniformisation des pratiques. Peut-être alors pourrions-nous être entendus par les autorités pour la mise en place d’indicateurs d’efficacité clinique et d’indicateurs expérience patient sur les parcours santé mentale. La STSS "Ma santé 2022" a retenu 7 pathologies chroniques, mais aucune ne concerne une maladie mentale. Pourquoi ?

Enfin nous regrettons que dans cette stratégie de transformation, la complémentarité du sanitaire, du social et du médico-social soit peu développée. Ces derniers seront pourtant les piliers pour assurer à ceux qui sont rendus vulnérables par la maladie et/ou le handicap un chemin vers l’autonomie dans une société plus inclusive. L’obligation de mettre en œuvre les PTSM d’ici juillet 2020 reste donc pour nous une mesure dont nous devons nous saisir pour infléchir une transformation de la prise en compte des parcours en psychiatrie.

La stratégie nationale contre la pauvreté a également été dévoilée. Ce plan, doté d’un financement, est centré sur la prévention de la précarité, notamment chez les plus jeunes, et l’aide à la réinsertion vers l’emploi. Nous espérons que dans ce volet les personnes en situation de handicap ne seront pas oubliées. Ce plan annonce le "revenu universel d’activité" comme un outil de cette "politique d’insertion". Il doit permettre de sortir de la pauvreté une personne sans emploi ou à faible revenu sans pour autant se substituer à un salaire. Nous espérons que le temps de la concertation et de l’analyse se fera avec les associations du champ de la pauvreté et du handicap. Nous veillerons à ce que la fusion des prestations ne conduise pas à réduire les droits de certains.