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Tous ensemble, avançons !

Philippe Charrier, aujourd’hui président de l’Unafam, a été amené lors de la réunion des délégués du 6 avril 2012, à rendre compte des travaux entrepris par le Conseil d’administration, en liaison avec les délégations, afin de préciser les objectifs de l’association pour les années à venir. Les propositions qui résultent de ces travaux s’inscrivent dans la poursuite et le développement des actions conduites jusqu’à présent par l’Unafam. Une synthèse vous est présentée ici, par l’orateur du 6 avril, pour l’information de tous les adhérents.

Lors de mon intervention devant les délégués et les administrateurs de l’Unafam, j’ai tenu tout d’abord à exprimer mon profond sentiment d’indignation face aux ravages causés par les maladies psychiques.

  • Indignation devant le sort des familles, lorsque je constate l’immense décalage entre les droits légitimes des familles et des patients et les réalités vécues par beaucoup d’entre nous sur le terrain ; lorsque je mesure l’énorme transfert de charges au détriment des familles, provoqué dans les années soixante par la fermeture des grands asiles ; lorsque je pense au profond isolement dans lequel s’enferment souvent les proches, lors de l’émergence des premiers symptômes de la maladie.
  • Indignation encore devant le sort réservé à nos proches malades qui, lorsqu’ils ne sont pas assimilés à des délinquants lors de tragédies largement médiatisées, peuvent se retrouver dans un total abandon par manque de structures et par défaut d’accompagnement.
  • Indignation en constatant le cloisonnement entre les acteurs du médical, du médico-social et du social. Ce cloisonnement ne favorise pas l’insertion sociale ni professionnelle, et est propice aux rechutes. Je suis effaré devant la multiplicité des intervenants dans le champ de la psychiatrie : il faut plus de 80 pages d’acronymes pour en recenser les différents dispositifs !
  • Indignation encore en constatant la pauvreté de la recherche sur les maladies psychiques.
  • Indignation enfin, au regard de la faiblesse des moyens accordés à l’Unafam malgré le travail considérable accompli au travers de l’accueil dispensé dans les délégations, par Écoute-Famille, grâce aux formations offertes par l’association et à toutes les représentations institutionnelles assurées.

Un chemin important a déjà été parcouru

Au prix d’un engagement fort de ses bénévoles et de ses quelques salariés, grâce au soutien des familles adhérentes et à l’établissement de partenariats solides, l’Unafam a pu réaliser des avancées significatives qui ont permis d’améliorer sensiblement la reconnaissance des personnes malades psychiques et de leurs aidants familiaux.

Je salue avec beaucoup de respect tous ceux qui ont permis ces progrès importants. En premier lieu, je tiens à souligner l’action émérite du président Canneva, à la tête de l’association pendant plus de dix ans, et les résultats considérables qu’il a obtenus. Avec sa modestie habituelle, il nous dit aujourd’hui qu’il n’a pu le faire que grâce au travail quotidien de tous ceux qui sont restés solidaires du projet associatif. Il ajoute qu’il reste encore beaucoup à faire.

De grands combats restent à mener

Il ressort des analyses faites en interne que ces combats devront porter sur plusieurs points essentiels :

  • la reconnaissance pleine et entière des aidants familiaux ;
  • l’accroissement de la notoriété de l’Unafam auprès du grand public ;
  • la lutte contre l’abandon et la stigmatisation ;
  • la lutte contre les transferts abusifs de charges au détriment des familles, ainsi que les orientations trop systématiques vers les structures privées ;
  • l’arrêt du désengagement de la puissance publique ;
  • l’amélioration de l’insertion sociale et professionnelle des personnes malades.

Pour atteindre ces objectifs, il faudra mettre en oeuvre une politique et une stratégie qui nous permettront de progresser encore dans le soutien des personnes malades et des aidants familiaux.
Depuis 50 ans, l’Unafam a démontré qu’en unissant nos fragilités, en œuvrant dans le même sens et de façon responsable -tant au niveau individuel que collectif-, nous pouvons provoquer des évolutions considérables.

Nous allons continuer dans cette voie !

Nous nous appuierons sur les acquis considérables que constituent la reconnaissance d’utilité publique de l’Unafam obtenue en 1968, la reconnaissance du handicap psychique en 2005, la prise en compte de nos principales propositions par la loi sur les soins sans consentement votée en 2011 et le Plan psychiatrie et santé mentale (PPSM) en cours de déploiement, initié par l’association.

Nous nous appuierons sur toutes les représentations que nous exerçons au profit des personnes malades et des familles, et grâce auxquelles l’Unafam est reconnue comme un partenaire respecté de la puissance publique.

Pour aller de l’avant

  1. Nous allons réaffirmer notre positionnement stratégique : • en agissant par des voies multiples, comme celles, juridiques, de l’expertise, • en renforçant des partenariats existants, • en affirmant nos convictions concernant le rôle des aidants familiaux et la place des personnes malades et handicapées psychiques dans la cité, • en recherchant le nécessaire décloisonnement des structures.
  1. Nous allons tirer parti du contexte actuel, du rôle des ARS ARS Agence Régionale de Santé

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    et de la mise en place du Plan psychiatrie et santé mentale (PPSM).
  1. Nous allons élargir notre spectre d’action au profit des familles, c’est-à-dire poursuivre notre action à la fois vers les personnes les plus fragiles et vers celles qui font preuve d’un certain degré d’autonomie, notamment en milieu protégé.
  1. Nous allons nous battre pour sortir les maladies psychiques de la confidentialité, de la culpabilité et de la honte, en développant la notoriété de notre association, en accroissant son champ d’action et en renforçant ses prises de position.

Les 3 axes de développement de l’Unafam

Le développement de l’Unafam devrait s’articuler autour de 3 axes : les personnes malades, les familles, l’association.

Les personnes malades : elles sont la cause de notre engagement avec un maître mot, la lutte contre l’abandon !

Notre action continuera de porter sur :

  • la stimulation de l’autonomie de nos proches malades ;
  • leur insertion et leur participation à la vie citoyenne ;
  • le décloisonnement entre médical, médico-social et social ;
  • la généralisation du logement accompagné ;
  • la recherche de toute forme d’activité (y compris professionnelle, lorsque cela est possible) ;
  • la prise en compte de la spécificité de la maladie et du handicap psychique dans les parcours de vie ;
  • l’incitation à l’expérimentation, l’évaluation et le déploiement de dispositifs innovants, notamment dans le cadre de partenariats ;
  • l’obtention du déploiement des solutions ayant fait leurs preuves ;
  • l’encouragement d’une politique de recherche, afin de réduire l’émergence des maladies psychiques sévères et diminuer leur impact lorsqu’elles surviennent.

Les familles : elles sont au cœur de notre action. Les familles représentent à la fois des aidants dont le rôle central est essentiel, et un ensemble de personnes en souffrance, qui ont besoin d’être écoutées et soutenues.

Notre action portera sur :

  • la promotion du rôle essentiel de la famille : parents, enfants, conjoints, frères et sœurs et amis, en tant qu’aidants et partenaires ;
  • la consolidation de l’accueil dans les délégations ;
  • les actions favorisant la création de services.

Nous souhaitons tout à la fois que les familles soient convenablement accompagnées dans leurs parcours de vie, et susciter en leur sein un grand élan bénévole.

L’Unafam : notre association, forte de ses cinquante printemps, déborde d’énergie et de talents. Elle va continuer de remporter des victoires, malgré les fragilités qui tiennent à la structure même des troubles psychiques.

Je pense proposer au Conseil que des efforts particuliers soient faits sur :

  • l’augmentation de la notoriété de l’Unafam auprès du grand public en recherchant la multiplication du nombre d’adhérents, des plus jeunes aux plus âgés, afin de nous donner des leviers et des moyens plus puissants ;
  • le renforcement des liens au sein de l’association ;
  • le soutien des bénévoles ;
  • la consolidation des relations de l’Unafam avec ses partenaires institutionnels.

En conclusion

Nos priorités immédiates pourraient être les suivantes :

  • Une communication interne fondée sur la reconnaissance et la valorisation de chacun, ce qui passe par le soutien de la compétence des bénévoles, une solidarité d’ensemble, une écoute permanente et structurée permettant à chacun d’alimenter la réflexion et de s’approprier les orientations de l’Unafam.
  • Une communication externe forte et décomplexée, ce qui nécessite de choisir et renforcer les liens avec nos partenaires ; travailler encore plus avec les autorités de santé, médico-sociales et sociales ; engager un travail sur le développement de la notoriété autour du grand public.
  • Une politique déterminée de conquête de nouveaux adhérents, par l’élargissement du spectre d’action de l’Unafam.
  • Une gouvernance attentive au renouvellement des talents, à la vitalité de la vie associative, à l’alignement stratégique de tous, à la capacité financière de l’associa-
  • tion.

L’efficacité de ce plan dépendra de la cohésion et de la solidarité dont nous saurons faire preuve.

Tous ensemble, unis et solidaires, avançons !

Philippe Charrier

Ce texte est à retrouver dans le n°2-2012 de la revue Un Autre Regard.