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Stop à la violence faite aux malades

le 21 avril 2016

Lors d’une visite en janvier 2016 dans le centre psychothérapeutique de l’Ain (Bourg-en-Bresse), Madame Adeline Hazan, Contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL), a constaté "un recours à l’isolement et à la contention utilisé dans des proportions jamais observées jusqu’alors", en "violation grave des droits fondamentaux" des patients [1].

En juin 2015, l’Unafam a eu connaissance d’une situation problématique dans cet établissement, la fille d’un bénévole de l’Unafam était alors depuis 17 mois en chambre d’isolement. Son père a saisi la CGLPL et l’Unafam a soutenu cette démarche.

Mais ce qui a été découvert à la lecture du rapport de la CGLPL est bien au-delà de ce que l’Unafam pouvait imaginer, c’est insupportable. Les malades psychiques sont personnes en grande souffrance, et le devoir des établissements et des équipes est d’apporter des soins adaptés et veiller à ce que la dignité de la personne soit respectée, tant dans le choix des lieux dans lesquels les malades sont contraints que dans les gestes médicaux.

À partir de cette situation, ce qui est préoccupant c’est l’inadaptation des dispositifs de contrôle et d’alerte, ainsi que l’attitude des soignants dans de tels contextes. Pour éviter de telles dérives, au-delà d’un registre (qui le regardera ?), il faut former tous les personnels à la prise en charge de l’agitation et de l’agressivité, donner des moyens pour des activités thérapeutiques, ainsi que sensibiliser les équipes aux principes de droits et de respect de la dignité des patients. Mais au delà, je pense qu’il faut apporter des modifications à la loi sur les soins sans consentements, afin d’introduire le regard de psychiatres externes à l’établissement (et même au département) et ainsi pouvoir mieux repérer des pratiques inadaptées voire scandaleuses. L’Unafam demande aussi, la création d’un observatoire national indépendant pour recenser ces pratiques, dispositif qui soit saisissable en premier lieu par les usagers. Par ailleurs, il faut re-organiser la certification [2] des établissements afin que celle-ci ne se résume pas à l’évaluation de protocoles. C’est le nécessaire questionnement de l’institution sur ses pratiques tant en interne qu’en externe. Je souhaite travailler l’ensemble de ces sujets avec nos partenaires.

Je veux redire que ces pratiques ne reflètent pas les pratiques des établissements psychiatriques en général. Des équipes font un travail exemplaire, d’ailleurs nous avons récemment publié un recueil de bonnes pratiques en soins psychiatriques. Il est important que l’alliance thérapeutique favorise la continuité des soins, mais aussi que les pratiques en psychiatrie évoluent vers plus de collégialité ainsi que cela se pratique pour d’autres pathologies.

Bien cordialement
Béatrice Borrel
Présidente

[1] Source : Journal Officiel, 16 mars 2016, Recommandations en urgence du Contrôleur général des lieux de privation de liberté du 8 février 2016 relatives au centre psychothérapique de l’Ain (Bourg-en-Bresse) NOR : CPLX1605078X

[2] La certification est une procédure d’évaluation externe des établissements de santé publics et privés effectuée par des professionnels mandatés par la HAS.