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Lettre de la Présidente octobre 2019 : Solidarité pour plus de dignité

le 4 novembre 2019 -

La notion de dignité humaine fait référence à une qualité inséparablement liée à l’être-même de l’homme ; elle est la même pour tous et elle n’admet pas de degrés. Pour Paul Ricœur "quelque chose est dû à l’être humain du seul fait qu’il est humain". Tout homme mérite donc un respect inconditionnel, quel que soit l’âge, le sexe, la santé physique ou mentale, la religion, la condition sociale ou l’origine ethnique.

Les enfants d’aujourd’hui sont les jeunes de demain. Nous voulons croire qu’ils auront accès à des soins adaptés malgré le contexte de pénurie de pédopsychiatres, qu’ils auront accès à des centres de prise en charge des psychoses émergentes alors que ceux-ci se font si rares, qu’ils auront accès à des professionnels formés à l’évaluation des troubles cognitifs pour mettre en place les soins de réhabilitation psychosociale dont ils ont besoin afin de ralentir, voire de bloquer le processus d’entrée dans le handicap, qu’ils n’auront pas à se battre contre leur propre souffrance jusqu’à en mourir, que les soins psychiatriques n’étant plus stigmatisés, ils ne seront plus fichés, enfermés ou entravés si des accidents de vie les amènent à recevoir des soins sans consentement.
Pour eux, pour leurs aidants, aller vers une société digne et solidaire c’est leur donner la possibilité d’accéder aux soins, de recevoir une éducation (non, ils ne sont pas des enfants à problèmes mais des jeunes en souffrance !).

Quant aux jeunes d’hier, ils sont devenus adultes. Qu’en est-il de leur possibilité de choisir dans la société d’aujourd’hui lorsque les troubles ont entraîné des limitations d’activité qui ne permettent pas d’aller vers l’emploi ou de s’y maintenir, de gérer le stress du travail en milieu ordinaire, et parfois de se lever, de faire ses courses ? Comment une société, qui refuse de reconnaitre ces handicaps invisibles, qui n’octroie pas d’aide humaine (ou si rarement) aux personnes ayant un handicap d’origine psychique, qui repousse à demain et, plus encore, à après-demain l’ouverture de la prestation de compensation du handicap (PCH) aux personnes vivant avec des troubles psychiques sévères peut-elle se dire inclusive ?
Pour eux, pour leurs aidants, aller vers une société digne et solidaire, c’est leur donner la possibilité de s’inscrire dans la société là où ils souhaitent être, c’est les accompagner là où ils souhaitent vivre.

Les adultes d’hier sont devenus des personnes vieillissantes et leur entourage a lui aussi vieilli. Les situations deviennent complexes par déficit de solutions adaptées et par méconnaissance des droits. Sans accès à la PCH et donc sans possibilité de la mutualiser, sans forfait ad’hoc, les bailleurs restent et resteront frileux pour créer des logements accompagnés pour personnes en situation de handicap psychique et leur permettre d’avoir un chez soi.
Pour eux, pour leurs aidants, aller vers une société digne et solidaire c’est entendre qu’il est urgent de répondre aux besoins spécifiques de ces personnes. Pour elles et leurs familles, la société inclusive n’est aujourd’hui qu’un concept.

Montrer un alignement cohérent entre ce que nous faisons et ce que nous disons, ce n’est pas qu’une qualité individuelle, c’est aussi une qualité collective "sociétale" et sociale. Quand la congruence fait défaut, c’est l’hypocrisie qui s’installe dans l’écart entre la théorie et la pratique, entre le dire et les actes. Le technocrate sort ses chiffres pour "traiter" au mieux les "situations" avec parfois une impitoyable logique de mise en concurrence des publics entre les bons – rattrapables - et les mauvais – ceux très éloignés de l’emploi. Une politique sélective écrase toute aspiration à la dignité humaine pour les plus faibles, les plus fragiles ! Et donc toute solidarité humaine au profit d’un discours de Raison d’Etat : la soutenabilité des dépenses.