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Lettre de la Présidente novembre 2019 : "Un appel : prenez soin de ceux qui vivent avec une maladie et/ou un handicap d’origine psychique !"

La Cour des comptes vient de sortir un rapport à charge sur l’attribution des allocations adultes handicapés (AAH AAH Allocation Adulte Handicapés ), en particulier pour les personnes qui ont un taux d’incapacité compris entre 50 et 79% (AAH2). Ce rapportintroduit une confusion dommageable entre AAH AAH Allocation Adulte Handicapés et minima sociaux, en instaurant des contreparties et en faisant peser le soupçon sur des attributions de complaisance. Il remet en cause la loi de 2005 et la définition du handicap.

L’accès à L’AAH AAH Allocation Adulte Handicapés (1 et 2) est conditionné à une situation de handicap, innée ou acquise, définie par la loi de 2005, à la reconnaissance d’un taux d’incapacité fixé à l’aide du guide-barème, sur des critères médicaux, et à l’incapacité totale ou partielle de travailler du fait du handicap. C’est la situation de handicap de la personne qui fonde l’accès à la prestation et non la situation de vulnérabilité sociale, comme c’est le cas pour le revenu de solidarité active (RSA).

L’Unafam a été contactée pour donner son avissur ce rapport. Nous avons clairement énoncé que mettre à l’écart du champ du handicap la plupart des personnes en situation de handicap psychique constituait une stigmatisation, une discrimination en portant atteinte à leurs droits fondamentaux. En effet, le rapport fait une distinction entre les handicaps qui seraient "lourds", "irréversibles" (handicaps moteurs et intellectuels) tels que perçus par "le grand public" et les autres "subjectifs". Les déficiences psychiques sont ciblées tout au long du rapport, présentées comme la conséquence de difficultés d’ordre économique ou social. L’impasse est faite sur les troubles psychiques sévères et persistants à l’origine des situations de handicap psychique. Ignorer ces pathologies psychiatriques invalidantes, qui ont des répercussions majeures pour l’insertion dans la vie sociale, affective, professionnelle des personnes, restreignant leur autonomie, c’est nier et stigmatiser le handicap d’origine psychique. Cela va à l’encontre des données scientifiques actuelles notamment celles des neurosciences.

Ce rapport introduit la suspicion sur les médecins et leurs patients. Les personnes en situation de handicap ne sont pas des fraudeurs demandant des certificats médicaux de complaisance à leur médecins, juste des personnes citoyennes faisant face à une inégalité de destin.

Dans ce rapport est introduite une recommandation de type Droit-Devoir-Sanction. L’obligation d’une prise en charge médicosociale adaptée introduirait un nouveau critère d’éligibilité à l’AAH2 (et pas à l’AAH1 ?). De plus est proposée la mise en place d’un entretien d’employabilité pour les bénéficiaires de l’AAH2. Cela pourrait mettre en grandes difficultés les personnes présentant un handicap psychique qui seraient dans l’incapacité de consentir aux soins ou aux accompagnements. L’Unafam plaide pour la mise en œuvre d’un accompagnement personnalisé sur la durée. Ce rapport à charge, dans une logique de contrainte budgétaire, propose de démanteler l’AAH AAH Allocation Adulte Handicapés . Un rapport qui arrive (est-ce le hasard ?) dans ce moment de concertation sur le périmètre du revenu universel d’activité (RUA).

Et pendant ce temps… le contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) dénonce les conditions inacceptables d’accueil et de soins dans les hôpitaux de Guyane, du Rouvray, dans les prisons. Souvent, vous nous aviez alertés et nous avions porté vos messages dans des courriers adressés aux Agences régionales de santé (ARS ARS Agence Régionale de Santé

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) concernées, au Défenseur des droits, à la ministre de la Santé, au CGLPL. L’Unafam remercie le CGLPL pour ses prises de position, pour sa défense sans relâche des conditions d’accueil de nos proches.

Nous ne redirons jamais assez la colère qui est la nôtre devant les conditions d’accueil et de soins encore en vigueur dans certains hôpitaux, notre colère devant ces décès par arrêt cardiaque dans les jours qui suivent la sortie de l’hôpital, ou par occlusion intestinale non soignées dans les murs de l’hôpital, ou encore par fausse route dans un hébergement si loin des siens. Les bonnes pratiques sont connues, mais qui sanctionne si elles ne sont pas appliquées ?

L’Etat a aujourd’hui un devoir de mettre en œuvre une politique de soins et d’accompagnements adaptés pour les personnes vivant avec des troubles psychiques. La maladie et le handicap psychiques existent. Ne le niez plus.


2019.11.28 CP Unafam Cour des comptes AAH
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