Délégation 26 - Drôme

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Le futur revenu universel d’activité ne doit pas dégrader les droits des personnes handicapées

Capital a interrogé Luc Gateau, président de l’Unapei, mouvement associatif français qui regroupe 550 associations impliquées dans le vie des personnes en situation de handicap. Il s’inquiète du projet du gouvernement de créer un revenu universel d’activité (RUA) qui pourrait amener à une refonte en profondeur de l’allocation aux adultes handicapés (AAH AAH Allocation Adulte Handicapés ).

Capital : Le premier cycle de concertation pour l’élaboration du futur revenu universel d’activité vient de s’achever. Comment s’est-il déroulé ?

Luc Gateau : A l’issue de ce premier cycle, nous sommes inquiets. Les réunions visaient à exposer les motifs qui doivent amener à la création du revenu universel d’activité (RUA). Le gouvernement d’Edouard Philippe fait le constat que le système de prestations sociales est complexe et difficilement lisible. Par conséquent, la majorité veut opérer une simplification à grande échelle. Mais les délais de la concertation sont très serrés jusqu’à décembre. Surtout, il n’a pas été pour le moment évoqué la réalité concrète des personnes handicapées. Ce qui renforce nos craintes.

Capital : On a le sentiment qu’il y a un malentendu sur le terme “d’activité”.

Luc Gateau : Le revenu universel d’activité doit agréger dans un socle unique un certain nombre de minima sociaux ou de prestations : RSA, prime d’activité, APL mais aussi l’allocation aux adultes handicapés (AAH AAH Allocation Adulte Handicapés ). Cette réforme apparaît comme un fourre-tout. Selon l’Unapei, l’AAH AAH Allocation Adulte Handicapés ne devrait pas faire partie de cette réflexion sur le revenu universel d’activité. Ce n’est pas sa place.

Capital : Pourquoi n’y êtes-vous pas favorable ?

Luc Gateau : L’Allocation aux adultes handicapés existe depuis 1975. Elle a vocation à garantir aux personnes en situation de handicap - dont je vous rappelle que 80% n’est pas en capacité de travailler - un minimum de ressources. Elle est donc déconnectée de toute notion d’activité. Et nous y tenons fermement ! Si l’AAH AAH Allocation Adulte Handicapés venait à être refondue dans le RUA, elle pourrait perdre cette spécificité. Cela impliquerait de nouveaux droits et devoirs aux allocataires. Et le futur revenu universel d’activité ne doit pas dégrader les droits des personnes handicapées.

Capital : Mais le gouvernement n’a t-il pas tenté de vous rassurer ?

Luc Gateau :Il nous a été expliqué que la reprise d’activité ne concernera que les personnes qui le peuvent. Derrière cette notion d’activité, ce qui est interrogé c’est la reconnaissance même de la situation de handicap. Et cela entraîne des enjeux cruciaux comme la fixation du taux d’incapacité, ou encore l’évaluation de la restriction substantielle et durable pour l’accès à l’emploi (RSDAE) pour les personnes dont l’incapacité est comprise entre 50 et 79%.

Capital : Qu’espérez-vous pour la suite des négociations ? Luc Gateau : Nous ne voulons pas d’une réforme purement technique qui simplifierait seulement la donne pour l’administration. L’AAH AAH Allocation Adulte Handicapés participe pleinement de la solidarité nationale et doit garder ses particularités. D’autant plus que les personnes handicapées ont en majorité de faibles revenus. Nous avons demandé un rendez-vous à Madame Christelle Dubos, secrétaire d’Etat auprès de la ministre des Solidarités et de la Santé avant le démarrage du second cycle de concertation en septembre.