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La Ministre des solidarités et de la santé, Agnès Buzyn, a présenté ses axes prioritaires en psychiatrie à l’ouverture du Colloque Recherche Unafam 2017

le 21 juin 2017 -

Le 9 juin dernier, la Ministre des solidarités et de la santé, Agnès Buzyn, ouvrait le colloque de l’Unafam, "Prévenir la transition vers la schizophrénie", qui s’est tenu au Ministère des Solidarités et de la Santé.

A cette occasion, Agnès Buzyn a prononcé un discours au cours duquel elle a notamment annoncé ses trois axes prioritaires pour la psychiatrie :

Le 9 juin dernier, la Ministre des solidarités et de la santé, Agnès Buzyn, ouvrait le colloque de l’Unafam, "Prévenir la transition vers la schizophrénie", qui s’est tenu au Ministère des Solidarités et de la Santé.

A cette occasion, Agnès Buzyn a prononcé un discours au cours duquel elle a notamment annoncé ses trois axes prioritaires pour la psychiatrie :

" Seul le prononcé fait foi

Madame la présidente de l’Unafam (Union Nationale de Familles et Amis de Personnes Malades et/ou Handicapées Psychiques), chère madame Borrel,
Mesdames et messieurs les membres du bureau et du conseil de l’Unafam,
Mesdames et messieurs,

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Année après année, les chiffres nous le rappellent : les maladies psychiatriques représentent la première cause de dépenses d’Assurance Maladie : 22 milliards d’euros, soit 6 milliards de plus que les maladies cardio-vasculaires, 6 de plus également que le cancer.

Mais au-delà de ces dépenses, et avant toute chose, ce dont nous parlons, c’est de 2,4 millions de patients pris en charge chaque année dans les services de psychiatrie des établissements de santé. Il faut bien sûr ajouter à ce chiffre tous ceux qui sont suivis en ville ou pas des psychologues. L’impact sur les familles et les proches de ces patients, je le sais, peut être très important, en particulier en ce qui concerne les 2 millions de patients atteints de troubles psychiatriques sévères, dont la schizophrénie.

Plus de 2 millions de patients chaque année, cela signifie que, si l’on raisonne à l’échelle d’une vie entière, c’est 25% de la population qui sera confronté à un ou plusieurs troubles psychiques.

Les constats sont clairs, nous sommes tous concernés. De par mon portefeuille de ministre des Solidarités et de la Santé, je suis en premier lieu concernée.

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  1. Je suis concernée mais j’ai également, avec mes collègues du gouvernement, une feuille de route et des priorités qui, je le pense, parlent aux acteurs de la santé mentale que vous êtes.

Ces priorités portent sur des sujets clés. Je pense d’abord au développement volontariste de toutes les actions de prévention. « Prévenir », et à défaut, « repérer et intervenir au plus tôt », c’est aujourd’hui le fil conducteur de votre colloque. C’est aussi un mot d’ordre porté depuis de nombreuses années par l’Unafam et par le Pr Krebs. En la matière, je serai à l’écoute de vos propositions.

Je pense aussi à une autre priorité, l’amélioration de la prise en charge des personnes en situation de handicap. J’agirai en ce sens, avec les compétences qui sont les miennes et avec la secrétaire d’État chargée des personnes handicapées, bien sûr. Je sais que l’Unafam a fait de l’insertion sociale l’un des pivots de son action et j’ai pris connaissance, madame la Présidente, du plaidoyer pour un plan psychique que vous avez porté avec Santé mentale France et l’association AIRE.

Notre feuille de route portera également sur nos modalités d’action, car c’est de notre méthode dépendra notre efficacité. Mon premier principe d’action, c’est le dialogue, avec l’ensemble des acteurs du système de santé. Dans ce dialogue, je réserve évidemment une place aux associations comme la vôtre. Mon second principe d’action, c’est qu’il faut trouver des solutions en partant des besoins de la population et en cherchant les réponses au plus près des territoires. Les politiques publiques dont nous parlons aujourd’hui doivent s’adapter à la diversité des situations que nous constatons sur terrain, mais toujours avec l’objectif d’un égal accès pour tous à la santé.

  1. Au-delà de ces priorités générales qui guideront notre action, je souhaite partager avec vous quelques éléments plus spécifiques à la santé mentale et à la maladie psychiatrique

En la matière, même si nous souhaitons tous des améliorations rapides et visibles, il nous faut travailler sur le long terme, sans tomber dans la précipitation.

J’aimerais ainsi évoquer devant vous trois axes qui sont prioritaires pour moi. Ils ont fait l’objet de recommandations dans de nombreux rapports récents, notamment certains rapports parlementaires.

• Le premier axe, c’est le renforcement des organisations territoriales. Nous devons réunir et mobiliser autour d’objectifs communs l’ensemble des acteurs impliqués dans la prise en charge des patients : professionnels de la psychiatrie et de la santé mentale, du social et du médico-social, médecine de ville, notamment médecine générale, autorités, élus locaux et bien sûr les usagers et leurs représentants. Il s’agit de promouvoir les droits des personnes et de lutter contre la stigmatisation. Il s’agit également de lutter contre les déterminants sociaux et environnementaux de la maladie mentale. Mais il s’agit en premier lieu d’organiser le repérage précoce des troubles psychiques et d’organiser des parcours de santé sans rupture et des parcours de vie de qualité.

Naturellement, le renforcement de l’échelon territorial n’est pas contradictoire avec les actions que nous avons à mener au niveau national : renforcer l’attractivité de certaines filières, comme la pédopsychiatrie, améliorer la complémentarité entre professionnels de santé ou renforcer la formation des intervenants de première ligne, professionnels de santé ou intervenants dans les secteurs de l’enfance ou de l’éducation.

• Le deuxième axe prioritaire, c’est d’agir dans votre secteur d’activité comme dans d’autres champs de la santé, selon le principe de gradation des prises en charge. Je souhaite ainsi continuer à vous accompagner pour identifier et reconnaître des centres de référence qui puissent venir en appui des prises en charge de premier recours.

Le retard au diagnostic et à la mise en place de stratégies thérapeutiques adaptées est particulièrement important pour les pathologies qui émergent à l’adolescence et à l’âge adulte, en particulier la schizophrénie. Ce retard entraîne des pertes de chances pour les personnes concernées, et augmente pour elles le risque de handicap psychique. Il peut s’expliquer par une méconnaissance des symptômes ou une stigmatisation de la maladie mentale, mais il peut également s’expliquer par le fait qu’il est difficile de poser un diagnostic de psychose.

Des structures expertes, comme les centres de référence, constituent une réponse : ce sont des recours pour les situations complexes et des outils pour créer et diffuser des connaissances nouvelles. Leur place est déjà reconnue, notamment à travers le financement de plusieurs centres, dont certains sont dédiés à la schizophrénie. Ces structures, et le renforcement de l’organisation territoriale, doivent nous permettre de diminuer le délai entre les premiers symptômes et la pose d’un diagnostic. On estime aujourd’hui que, dans le cas de la schizophrénie, ce délai est de près de 5 ans. C’est beaucoup trop.

• Ce constat me conduit naturellement à la troisième priorité que je voulais évoquer. C’est celle dont il est question aujourd’hui, dans ce colloque : il nous faut promouvoir la recherche en psychiatrie et en santé mentale, dans toutes ses composantes. Je ne vais pas vous rappeler l’écart qui existe entre ce que représente la psychiatrie dans les dépenses de santé et ce qu’elle représente dans le financement de la recherche. Les enjeux sont pourtant grands. La recherche, notamment, doit nous permettre d’améliorer notre compréhension des mécanismes biologiques et du rôle de l’environnement dans la survenue des maladies. J’attacherai également une grande importance à la recherche en santé publique, qu’il s’agisse d’épidémiologie ou de recherche en organisation. C’est la voie que nous devons suivre pour augmenter le nombre de patients en rémission durable - un tiers d’entre eux aujourd’hui - et pour atténuer les effets de la maladie chez les autres.

Ces priorités, nous aurons l’occasion de les rediscuter. Le cadre offert par la mise en œuvre récente du Conseil National de Santé Mentale et du Comité de Pilotage Psychiatrie est propice au dialogue et surtout propice à ce que nous réussissions les transformations dont nous avons besoin.

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Madame, monsieur,

Le Président de la République souhaite que notre action gouvernementale s’appuie sur la société civile et ne perde jamais de vue l’objectif premier de nos politiques publiques, celui de répondre aux besoins de la population.

Dans les politiques de santé, en particulier, nous avons besoin d’une coopération forte avec les patients, les usagers et leurs représentants.

Je souhaite, madame la présidente de l’Unafam, vous le dire avec conviction : en étant le porte-parole des patients et de leur entourage, en les soutenant et en les écoutant, en étant légitimement exigeante vis-à-vis des professionnels et des autorités, vous êtes un puissant moteur de notre progrès collectif.

Je suis donc très heureuse de vous accueillir aujourd’hui au ministère des solidarités et de la santé pour votre « colloque-recherche : prévenir la transition vers la schizophrénie ». Je vous souhaite un bon colloque, de riches débats et je vous remercie.